L'orientation avec la clientèle émergente

vendredi 24 mai 2013

Aider les jeunes ayant un TSA à s'exprimer

Une des grandes difficultés des personnes Asperger est de nous communiquer leurs pensées et leurs émotions, dans notre mode de communication à nous, les neurotypiques. De façon générale, la plupart des gens s'expriment verbalement en utilisant les nuances et subtilités du langage. Bien qu'il y ait des gens plus « visuels » et d'autres plus « kinesthésiques », la parole demeure l'outil principal des entretiens de counseling d'orientation. Car nous avons besoin que la personne se dévoile et nous donne des renseignements sur ses pensées et émotions entourant le choix professionnel. La façon la plus rapide nous semble être la discussion ou des tests standardisés qui n'ont pas été validés avec une clientèle TSA.

C'est en ayant recours à d'autres méthodes que nous pouvons permettre aux personnes TSA qu'elles trouvent un moyen confortable de s'exprimer. C'est en quelque sorte ce qui s'est passé avec la jeune dont je vous parlais il y a quelques semaines (voir billet du 26 avril 2013). Cette étudiante avait une conception très définitive de sa future carrière. Le problème, c'est que ce choix semblait à la fois peu réaliste et à l'encontre des ses forces. Sachant que c'est une étudiante très intellectuelle et qui aime l'écriture, je lui ai posé par écrit des questions très précises ayant pour but de comprendre et exprimer son intérêt pour ce métier spécifique. De cet exercice a émergé qu'elle souhait découvrir et apprendre sur d'autres cultures du monde et exprimait cet intérêt en disant qu'elle voulait devenir diplomate. Elle avait pourtant en aversion les échanges avec des gens qu'elle ne connaît pas ainsi que les situations de réseautage et de socialisation. À travers ses réponses aux questions opérationnelles, elle a pu exprimer qu'elle aime apprendre, chercher de l'information, lire et écrire. Je lui ai parlé de l'anthropologie culturelle et du métier de chercheur en ethnologie et elle a rapidement conclu que c'est dans ce type de profession qu'elle pourrait être heureuse.

Dans d'autres cas, ce sera l'expérience concrète qui permettra au jeune de se comprendre et s'exprimer. Mon jeune Jean-François (voir billets du 14 décembre 2012 et 5 février 2013) était d'accord avec moi qu'il avait des compétences à corriger des textes, mais me disait ne pas aimer cette activité. Étant très obéissant, il a accepté un petit contrat de travail à temps partiel que nous lui avons proposé comme tuteur en français où il corrige les textes des autres étudiants et leur explique leurs erreurs. Voilà maintenant plusieurs semaines qu'il fait ce travail et il nous dit qu'il aime beaucoup cette activité. J'ai compris à ce moment que lorsqu'il disait « Je n'aime pas », cela voulait dire « Cela m'est inconnu et je suis méfiant envers l'inconnu ». Maintenant qu'il a expérimenté et qu'il connaît, il dit qu'il « aime ça ». Je n'insisterai donc jamais assez sur le fait que le langage est à la fois notre allié habituel en orientation mais il peut nous trahir dans notre travail avec les personnes TSA. Il faut trouver des moyens pour rejoindre le mode de langage très personnel du jeune TSA.

J'espère que ces exemples pourront vous inspirer. Vous m'en donnerez des nouvelles.

Lors de mon prochain billet, je vous donnerai quelques suggestions de lecture en prévision de la saison estivale.

À bientôt !
Émilie Robert, c.o.