L'orientation avec la clientèle émergente

samedi 6 avril 2013

Un exemple concret de démarche d'orientation avec un jeune Asperger

Dans mon billet du 1er mars, je vous ai présenté la métaphore de l'équation mathématique pour structurer ma démarche d'orientation avec un personne ayant le syndrome d'Asperger. Aujourd'hui, je vais vous l'illustrer à l'aide du cas de Jean-François, l'étudiant que vous ai déjà présenté (voir billet du 14 décembre 2012).

J'avais utilisé avec Jean-François un questionnaire simple inspiré de la typologie de Holland pour lui permettre de me nommer ce qu'il aime et ce en quoi il se sent habile. J'avais obtenu peu d'informations mais je les avais tout de même conservées. Ensuite, je lui avais demandé de décrire ce qu'il n'aimait pas dans son programme d'études actuel. J'avais aussi discuté avec son orthopédagogue et ses parents, en sa présence, de ses forces et ses faiblesses. J'ai pu ensuite résumer les informations comme suit :

Ce que j'aime : Écouter des films, l'histoire du XXe siècle, lire mais à mon rythme.
-
Ce que je veux éviter : Les travaux d'équipe, les projets de recherche, les activités qui sortent de l'horaire prévu, la manipulation d'appareils, le contact avec le public.
+
Mes forces (perçues par moi et mon entourage) : Observer les détails, travailler avec précision et minutie, écrire sans faire de fautes.
-
Les limites perçues par mon entourage : comportements compulsifs qui prennent beaucoup de temps, anxiété et grand besoin de sécurité, n'a jamais rien aimé d'autre qu'écouter des films.

Cette synthèse, discutée avec les parents et l'orthopédagogue, a permis d'ouvrir sur le sujet que Jean-François n'aimera sûrement pas un emploi car il n'aime qu'écouter des films, au sens le plus strict (ce qui fait partie de la rigidité des personnes Asperger).  Selon ses parents, il vaut mieux considérer des emplois qu'il est capable de faire et accepter qu'il n'aimera sûrement pas cela.

C'est une discussion sur ses forces qui nous a amenés à trouver des possibles domaines d'études et de travail. Sa minutie, son sens de l'observation, sa qualité du français et son relatif intérêt pour la lecture nous ont fait penser à la révision linguistique. Ses parents lui demandent souvent de corriger des textes pour eux. Son orthopédagogue a aussi remarqué cette force. La révision linguistique est un travail prévisible et solitaire. Il pourrait peut-être travailler à son compte et prendre une charge de travail moindre, histoire d'avoir moins de pression. Au plan des études, Jean-François est est tout à fait admissible au certificat en rédaction, qu'il pourrait combiner avec une majeure en études cinématographiques pour obtenir un baccalauréat. Mais il faudra encore beaucoup de temps avant que Jean-François soit prêt à faire face à ce projet.

C'est le travail en équipe élargie qui a permis cette ouverture et ma méthode par équation mathématique a simplement donner une structure aux différents éléments de la situation et a aidé Jean-François à faire du sens de cette démarche.

En conclusion, Jean-François est d'accord à suivre ce cheminement, bien qu'il ne pense pas aimer la révision linguistique.  Il souhaiterait ne pouvoir qu'écouter des films mais il est conscient qu'il devra gagner sa vie. Il est préférable d'occuper un emploi qui ne présente pas les éléments qui l'irritent.

Cet exemple vous inspire ? Vous voulez partager vos expériences ? N'hésitez pas à m'écrire...

Dans mon prochain billet, je poursuivrai avec une autre piste que j'ai explorée pour contourner l'incapacité d'introspection des personnes Asperger. D'ici là bonne lecture et j'attends vos commentaires !
Émilie Robert, c.o.

1 commentaire:

  1. Très concret, fort pertinent. Il est possible avec cela de bien saisir ce qui se trame avec cette clientèle.

    RépondreSupprimer

Utilisez votre compte Google ou autre, autrement prenez Anonyme mais identifiez-vous dans votre message en écrivant votre nom suivi de votre courriel.