L'orientation avec la clientèle émergente

vendredi 26 avril 2013

Ajuster à chaque client notre façon d'intervenir

Dans mon précédent billet, je vous parlais du jeune Jean-François et de « l'équation mathématique » que j'avais utilisée pour faciliter sa compréhension de son choix de programme et d'éventuel métier. Bien qu'efficace auprès de cet individu, cette métaphore ne conviendrait pas à tous. Et comme tout le monde, les personnes Asperger sont toutes très différentes. J'oserais même dire que les outils d'orientation que j'utilise avec la clientèle neurotypique sont plus facilement généralisables que ceux que j'ai élaborés pour les personnes Asperger. S'il y a une chose essentielle que j'ai retenue de ma pratique jusqu'à maintenant, c'est que les personnes Asperger ont en commun leur diagnostic, mais sont toutes uniques et différentes, les unes des autres et des neurotypiques. À chaque nouveau client, je dois m'ajuster et remodeler mes outils.

Ainsi, je rencontre des étudiants au profil différent de Jean-François, particulièrement les filles Asperger, qui sont anxieuses et pour lesquelles le contrôle est un besoin qui prend beaucoup de leur attention. Avec ces personnes, j'utilise une méthode que j'appelle « l'opérationnalisation » de leur projet d'études et de carrière. L'objectif est de nommer les différentes dimensions du choix de carrière à partir de choses que l'on peut compter, vérifier, toucher, voir, sentir... Cela permet à la fois de répondre au besoin de contrôle et de le déjouer pour démêler le besoin de se rassurer du besoin que comblera leur choix professionnel.

Comme exemple, je peux vous parler d'une étudiante qui a un projet de carrière très rigide et défini, pour ne pas dire contrôlé, et dont le réalisme est ce qui me préoccupe. Mon travail avec elle consiste à décortiquer son besoin et sa motivation à partir d'éléments très concrets et mesurables, afin de répondre au besoin de contrôle. J'évite les questions ouvertes et j'utilise plutôt celles qui mènent à des réponses opérationnelles, comme celles-ci :

1) Qu'est ce qui t'attire dans ce métier ?
2) Nomme moi 5 actions effectuée par les professionnels du domaine  ?
3) Nomme moi 5 vebres d'action qui décrivent tes forces actuelles ?
4) Nomme moi 5 verbes d'action pour lesquelles tu as plus de difficulté ?
5) Quelle est la prochaine action que tu devras faire pour être admise dans ce programme d'études ?
6) Quelles actions devras-tu faire pour décrocher cet emploi ?
7) Y a-t-il d'autres métiers qui font ces actions ?
Etc...

Évidemment, ma cliente a de la difficulté à répondre à toutes ces questions. Nous en prenons une à la fois et plusieurs rencontres sont prévues pour y arriver. Elle doit écrire les réponses qu'elle conserve avec elle. D'une réponse à l'autre, je discute avec elle pour l'aider à faire des liens et tranquillement l'amener à voir qu'il existe plusieurs métiers pouvant lui convenir, pas un seul. Je veux l'amener à sentir qu'elle peut avoir du contrôle tout en avançant vers l'inconnu. Je n'ai pas encore tout résolu avec cette étudiante, mais déjà, elle a pu me nommer des besoins qui s'avèrent différents de son idée de départ. Elle est en mouvement, mais sur un chemin avec beaucoup de panaux de signalisation.

Pour résumer les quelques précédents billets que j'ai publiés, je vous ai présenté un jeune qui avait très peu d'introspection et un cas d'anxiété très prononcée. Dans mon prochain billet, je vous parlerai d'un autre profil de jeunes Asperger et des pistes d'intervention qui s'y rattachent.

Émilie Robert, c.o.

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